02 juillet 2006
Monologues du Vagin, Eve Ensler
J'ai écouté très attentivement ce que
toutes ces femmes avaient à me dire. Certains de ces monologues sont
très proches de l'interview d'origine, d'autres sont composés à partir
de plusieurs interviews. Il y en a qui partent d'un élément sur lequel
je me suis amusée à brodée. Parfois, j'ai mis dans un seul Monologue ce
que plusieurs femmes m'avaient dit sur le même sujet.
Ce premier monologue m'a été inspiré par une seule femme et il est
assez proche de ce qu'elle m'a raconté. Mais son sujet a été abordé par
toutes les femmes dans toutes les interviews, et souvent, pour beaucoup
d'entre elles, on sentait que l'évocation en était pénible et
douloureuse.
Ce sujet c'était :
Les poils
On ne peut pas aimer un vagin
s'il l'on aime pas les poils. Beaucoup de gens n'aiment pas les poils.
Mon premier et unique mari détestait les poils. Il disait que c'était
désagréable et sale. Il m'a obligée à ma raser. Mon vagin avait l'air
bouffi et sans défense, comme celui d'une petite fille. Ca l'exitait.
Quand il me faisait l'amour, mon vagin ressentait ce que doit ressentir
une barbe qui vient d'être rasée. Je le grattais, c'était à la fois
bon, et douloureux. Comme quand on gratte un bouton de moustique.
J'avais plein d'horribles petits boutons rouges. J'ai refusé de
continuer à me raser. Alors, mon mari m'a trompée. Nous avons fait une
thérapie de couple, et là, il a dit qu'il allait voir ailleurs parce
que je refusait de le satisfaire sexuellement. Que je ne voulais pas me
raser le vagin. La thérapeute avait un accent allemand à couper au
couteau et poussait des "ach" entre chaque phrase. "Ach", pour bien
montrer son empathie. Elle m'a demandé pourquoi je ne voulais pas
satisfaire sexuellement mon mari. Ach! Pourquoi je ne voulais pas me
raser le vagin? Je lui ai dit que c'était très bizarre. Mais quand je
n'avais plus de poils, là, en bas, je me sentais toute petite, et
que je ne pouvais m'empêcher de parler comme un bébé, et que ma peau
était très irritée, au point que même les crèmes apaisantes n'y
faisaient rien. Elle m'a répondu que le mariage n'était fait que de
compromis. Je lui ai demandé si le fait de me raser le vagin
empêcherait mon mari d'aller voir ailleurs, et si elle avait déjà eu
beaucoup de cas comme ça avant. Elle m'a dit "ach" que les
questions diluaient le processus. Qu'elle était sûre que c'était un bon
début. Qu'il fallait que je me jette à l'eau.
Quand nous sommes rentrés à la maison, c'est mon
mari qui m'a rasé le vagin. C'était une sorte de bonus à la thérapie.
Il m'a fait quelques petites coupures, et il y avait un peu de sang
dans la baignoire. Il n'a même pas remarqué, tellement il était
heureuxs de me raser. Plus tard, quand il s'est serré contre moi, j'ai
senti ses poils hérissés piquant mon vagin mis à nu. Il n'y avait plus
de protection. Il n'y avait pas de matelas duveteux.
Alors j'ai compris que si les poils étaient là, il y
avait une raison - ils sont comme les feuilles autour de la fleur,
comme une pelouse qui entoure une maison. Pour aimer un vagin, on doit
aimer les poils. Vous n'avez pas le choix, l'un ne va pas sans l'autre.
En plus, mon mari a continué à me tromper.
15:18 Publié dans Poils et littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
Beurk... t'aimes la littérature qui parle de trucs dégueu et tu nous en fait profiter. C'est noté !
Ecrit par : Spleen | 04 juillet 2006
Des trucs dégueu? quels trucs dégueu? ah, oui, tu veux parler de l'accent allemand, oui, moi aussi, je trouve ça de mauvais goût dans une nouvelle.
Ecrit par : Chimene | 04 juillet 2006
Tu n'avais pas déjà publié cet extrait dans ton ancien blog? En tout cas, ça me fait bien plaisir de le relire.
Ecrit par : Crooke | 09 juillet 2006
Si, si, mais il me manquait, ici, dans la déco.
Ecrit par : Chimene | 09 juillet 2006
Ah, les concessions... Tout ça pour un mari capricieux & formaté ! Merci entouka pour cet extrait, j'en cherchais justement, n'ayant pas encore pu mettre une patte sur cet ouvrage.
Ecrit par : Chaminou | 04 décembre 2007
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